écrivain fantôme

Patrick Rambaud était journaliste du magazine Actuel...


personnalité du petit monde littéraire...

Kader venait de passer dans l’émission Capital du 19 février 2012, « Kindle : la liseuse du XXIème siècle. » J’avais lu son nom dans quelques tweets et commentaires, quand il m’a contacté, lundi 20 février à 15 heures 17, via www.ecrivain.pro.

« Salut Stéphane,
Je suis Kader Terns. Tu sais forcément qui je suis, l’auteur de « la vraie vie dans le 9-3. »
Tu sais écrire mais tu ne sais pas te vendre, alors que je suis bankable. Il faut qu’on se rencontre, et que tu écrives pour moi. Pour te montrer que ce n’est pas du bluff, que je ne contacte pas trente écrivains, je te fais un don de 500 euros sur ton paypal.
Kader, la star du Kindle. »

Je sais maintenant qu’il envoya son bras droit chez l’écrivain public qui venait de s’installer boulevard du Général De Gaulle à Aubervilliers, pour obtenir ce texte, expédié sur une adresse mail et copié collé en remplaçant "Émile Zola" par "Kader Terns" et "l’argent" par "la vraie vie dans le 9-3."
« - Tu comprends, fallait pas que ce mec sache que moi Kader je cherchais un nègre ! Alors on a pris un nom au hasard dans la boutique Kindle, tu vois, on n’a pas fait d’études mais on connaît la vie ! Là, je suis sûr que tu n’y aurais jamais pensé ! Il ne faut jamais laisser de trace. Ni risquer de se faire remarquer lors d'un repérage.
- J’aurais aimé voir la tête de cet écrivain public !
- Un louf ! Un naze ! Il voulait rien comprendre. Farid a dû lui poser cent euros sur la table et lui expliquer trois fois le topo. Il ne comprenait rien ! »
Je n’avais pas jugé indispensable de l’informer de l’année de naissance de l’auteur des Rougon-Macquart.

Ce lundi 20, je lui ai répondu vers 19 heures, après en avoir discuté avec Amina, qui ne s’était pas rendue au collège, cause migraines. Le soir, elle m’a vraiment fait l’amour. Ça faisait bien six mois qu’elle n’avait pas pris pareille initiative. Oui, le mec me considérait comme un véritable écrivain. Non, je ne pouvais pas refuser sa proposition, être son nègre, c’était ma chance. De toute manière mes livres ne se vendent pas, ça ne sert à rien d’en rajouter d’autres... Cette expérience allait me permettre de progresser, écrire pour les autres c’est sûrement une bonne école, un des derniers prix Goncourt a d’ailleurs travaillé ainsi durant des décennies, et ça ne l’a pas empêché de réussir…

(« - Oui, Patrick Rambaud, prix Goncourt 1997 avec "La Bataille" mais n’oublie pas qu’il s’agissait d’un des journalistes du magazine "Actuel" et une personnalité du petit monde littéraire qui publiait également sous son nom chez Grasset de chez Lagardère ou sous pseudonymes, c’était un de ces petits apparatchiks de l’édition à cause desquels le système tient.
- Ne sois pas négatif ! Regarde le bon côté des choses. Ce mec a besoin de toi et tu as besoin de lui. Vous devez vous entendre. »)
Euphorique : j’allais devenir une forme de salarié de l’écriture, et finalement c’est ce qu’elle attendait de moi : un salaire fixe et des horaires.

Extrait du roman de Ternoise "Un Amour béton" publié en mai 2013



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