écrivain fantôme

elle gagne 1200 euros par mois et en envoie 500 à Djibouti


haram le fric sur un compte...

- Elle est malade, elle gagne 1200 euros, par mois, même pas par jour, et elle en envoie 500. Si elle gagnait au loto aussi souvent que moi, je suis certain qu’elle aurait même pas un livret A plein.
- C’est haram le fric sur un compte. Encore plus s’il rapporte des intérêts. Les intérêts sont complètement haram ! Il faut donner, donner, donner... L’année dernière, avec les 1000 euros de pension alimentaire versée par le père chaque mois plus son contrat de vacataire, c’était l’euphorie, sa mère a même pu terminer d’acquérir sa maison ! Comme elle se plaignait de l’état de ma vieille 205, j’ai quand même réussi à la persuader d’acheter une voiture. Ce fut une occasion, car le moment venu il ne lui restait plus que 4000 euros ! Alors cette année, il faudrait que j’assume les fins de mois et paye l’électricité parce que madame il lui reste 3 euros et que son salaire, elle l’attend mais promis le mois prochain, elle paiera ce qu’elle doit ! Puisqu’elle va toucher ses heures supplémentaires. Mais tout ça, même si là on en rit, ça résume sa vie : les promesses n’engagent que l’instant présent ! « Oui, je le pensais à ce moment-là » elle répond avec arrogance quand je lui rappelle ses propos, et le même scénario, sur tout, recommence, Amina les belles promesses, les mails lyriques... Je t’avoue que je n’en peux plus !
- Tu vois, j’ai trouvé la femme parfaite ! Elle prend dans le pot ce qu’elle veut mais elle se contente de peu. Si elle avait mon fric, ton Amina, sa mère pourrait s’acheter tout le riz de Djibouti !
- Mais il faudrait lui en renvoyer le mois suivant car les cousins, les cousins des cousins, les voisins, les voisins des voisins seraient passés pour qu’elle partage ! Paraît que les afars sont ainsi, c’est dans leurs coutumes mais ils commencent à s’apercevoir de leur marginalisation dans la société djiboutienne où les issas savent gérer un budget et faire des affaires. Mais sa fierté, c’est qu’il n’y a pas un afar dans la rue, car un afar sait toujours qu’une porte lui est ouverte tandis que chez les issas où l’entraide n’est pas aussi développée, des mendiants traînent. Elle reconnaît pourtant que ce système a ses limites, car des gens préfèrent vivre aux dépens des autres plutôt que de travailler et entretenir tout un tas de parasites. Alors chez les familles qui ont la chance de recevoir de l’argent de France c’est table ouverte !
- C’est pour ça qu’ils élèvent leurs filles comme de bonnes pouliches chargées de séduire le type blanc qui pourra nourrir toute une tribu, un de mes potes a failli se faire avoir ! Il y était militaire et au lieu de consommer ces petites beautés... car y’a pas à dire, elles sont mignonnes, il s’est amouraché... Le con, il s’est mis une balle dans la tête en jouant à la roulette russe ! Il croyait m’impressionner !
- Elle l’avait trouvé, le bon bougre, Amina. Mais à force de lire des histoires d’amour, elle a cru que c’était plus important que l’argent, l’amour. Et aujourd’hui, elle revient au principe de réalité de la fille aînée de là-bas, qui doit se sacrifier pour envoyer chaque mois son virement. Il faut souvent choisir dans la vie, entre vivre l’amour ou essayer de gagner du fric. J’ai cru qu’elle était tournée vers l’amour uniquement car celui qui était encore son mari s’occupait des questions pécuniaires. Mais quand elle s’est aperçue que je voulais bien apporter l’amour mais que pour l’argent il fallait qu’elle se débrouille… Argent ou amour… ou même ni l’un ni l’autre !
- Je suis pourtant l’exemple qu’on peut avoir les deux ! 
- Et pourtant tu es revenu dans ce Lot des vieilles pierres !
- Ouais, le plus surprenant, c’est qu’à peine retourné dans Nadège, je n’avais que tes vieilles pierres à la bouche. Le béton me sembla tout d’un coup triste. Faut dire, Nadège était toujours à me relancer « alors, c’est si beau que ça… » Et toi et ta charmante compagne avez accepté de nous faire visiter le samedi. C’est vrai qu’elle est charmante, elle a toujours le mot aimable. Le vieux trouve que c’est une femme fantastique, pourtant il n’a jamais eu l’occasion de voir ses seins et encore moins le reste. Quand je lui ai demandé, il m’avait balancé « c’est pas une femme comme ça, c’est une femme droite. » T’inquiète pas, je ne lui ai rien raconté de Carlo et compagnie. Je crois qu’il désapprouve la tenue de Nadège même s’il ne peut pas s’empêcher de se rincer l’œil ! »


Extrait du roman de Ternoise "Un Amour béton" publié en mai 2013.



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